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Le Temps, l’Espace et la Vie :

Il est intellectuellement  commode de penser que c’est cela l’ordre de préséance temporelle de ces trois grandeurs  cardinales ; d’abord le Temps, ensuite l’Espace et bien après seulement, la Vie. Les positions relatives des deux premières  peuvent paraître plus discutables – serait-ce des jumeaux ? Mais il est difficile d’imaginer la vie en dehors du temps et/ou de l’espace comme il est relativement difficile de parler de l’une quelconque d’entre elles sans parler des deux autres au moins implicitement.

D’abord le Temps : Le temps est unidimensionnel et se partage en trois parties essentielles qui sont le passé, le présent et le futur. Le mur, ou je devrais plutôt dire la membrane qui sépare le futur et le passé est infiniment fine et étroite.
Le passé est la partie la plus passionnante du temps. Il représente l'histoire, il dit d'où nous venons et il contient ce que nous y avons pris ou appris, nos échecs comme nos succès, bref l'expérience et dans certains cas la sagesse.  
Le passé est le temps que les nouveaux intellectuels consultent le moins quand ils veulent résoudre un problème qu'ils ont en général créé eux-mêmes et de toute pièce. Un peu comme l'homme qui génère des déchets qu’il s’évertue ensuite à cacher ou à détruire parce qu'ils nuisent à son environnement. C’est aussi le jeune et brillant ingénieur qui veut écrire l’équation d’une roue avant de l’inventer, mais qui ne sait pas que nos aïeux, qui en avaient assez de tirer et pousser des charges lourdes, s’étaient mis à utiliser la rotation pour réduire les forces de frottement.  
Le passé, c'est aussi malheureusement pour certains le mode d'emploi qu'on ne lit pas avant de commencer la manipulation du nouveau jouet qu'on vient de recevoir.
Le passé est un temps dont on ne peut se passer car il sert de fondement et de fondation à l'avenir. Il devrait être  formellement interdit à tout homme, toute nation, d’ignorer le passé, son passé et celui des autres.
Le présent lui ne dure qu'un instant, c’est une période infiniment petite. Le présent c’est le temps de l’idéation alors l’action appartient toujours à un  futur plus ou moins immédiat. De même nous avons juste le temps d'accomplir nos actes qu'ils sont déjà dans notre passé et il n’est plus possible de les effacer.
Une mauvaise parole adressée à un ami et c'est trop tard pour la rattraper, on en est réduit à faire des excuses. Mais le mal est fait, la mémoire se souviendra longtemps plus tard de l'injure malheureuse qui a été lâchée en plaisantant. D'où le fameux "réfléchir avant d'agir ‘’ mais c'est sans compter avec notre cerveau reptilien qui est toujours à l'affût pour déclencher les réflexes.
C'est toujours dans le présent que le bien et le mal se partagent la vedette de nos actions plus ou moins réfléchies. C'est pourquoi le présent est le temps le plus délicat et parfois dangereux qu'il nous est donné de vivre. Le présent est finalement le seul temps dans lequel nous vivons vraiment car c’est le seul temps pendant lequel nous pouvons concevoir nos actions, c’est le vrai temps agissant de notre vie.
Quand nous sommes dans le présent, nous ne sommes pas encore dans le futur réel et nous ne sommes plus  dans le passé qui n’est que le CV.
Dire de quelqu'un qu'il a un passé lourd, c'est dire qu'il a posé pas mal d'actes plutôt légers dans son ancien présent. C’est une vraie mesure quantitative et qualitative de médiocrité de son CV.
Enfin, et ce n'est pas le moins important, les futurs. Nous en avons deux, de futurs, en fait : le futur conceptuel et le futur réel.
Le futur conceptuel que nous vivons en réalité au présent car il ne se passe que dans nos têtes, dans nos rêves présents, ce sont nos projets en état de gestation, c'est notre imagination, c'est notre capacité à conceptualiser  et à théoriser.
Notre capacité à rêver nous confère aussi la capacité de changer mentalement le triptyque Espace-Temps-Vie dans lequel nous vivons. Nous pouvons y changer l’Espace, accélérer le Temps, être des gens différents, etc.
Il y a au moins deux catégories de rêves qui nous sont accessibles :
Les rêves qui sont dictés par notre subconscient et généralement influencés par nos croyances, nos peurs, nos envies, nos malheurs, nos joies et nos émotions en général.  
Il y a aussi les rêves volontaires que nous faisons en toute conscience et que nous pouvons piloter. On peut les refaire à volonté, les écrire, les améliorer, mais ils restent des rêves. Tous nos rêves se déroulent dans un temps parallèle qui ne s’écoule pas à la même vitesse que le temps réel. On y construit des villages entiers en quelques fractions de secondes. Le futur conceptuel se réfère à cette dernière catégorie de rêves.
Le futur conceptuel est le temps de la réflexion par excellence, le temps des projets mûris, le temps mis à profit par nos cerveaux gauches et droits.
Notre deuxième futur est le futur réel. C'est celui qu'on bâtit dans la phase exécution de nos nouveaux rêves sur les  fondations de notre passé. C'est celui qui est soumis à la confrontation extérieure du hasard et de l'inconnu, de la chance et de la providence, de l'inattendu et de l'imprévu. Il est soumis à la sanction au sens de "décision finale d'investissement".

​​Comprenons-nous bien, construire une maison ou une famille peut prendre plusieurs mois, voire des années. Ce que je veux dire, c'est que tant qu'une brique n'est pas faite, elle est en projet et tant que le mur n'est pas bâti, il est en projet et tant que vous n’avez pas donné une fleur à votre conjoint(e), vous ne l’avez pas donnée, même si vous y avez pensé très fort. Chaque micro-tâche élémentaire du projet est exécutée en un temps relativement petit. Votre maison, vous la construisez dans votre futur réel sur les fondations stockées dans le passé (déjà faites). ​
​​​​​​​​​​​Les intentions – surtout les bonnes - appartiennent au futur conceptuel, les actes sont la propriété du futur réel  les conséquences seront indélébilement stockées dans le passé : la joie, le bonheur, les malheurs, les peines, les colères, rien n’y échappe.

Si nous voulons parler d'avenir radieux, il nous faut construire notre passé, un peu comme on prépare un CV pour pouvoir postuler aux meilleurs jobs. Le futur conceptuel se construit dans la tête et chaque jour de notre présent instantané. Le futur réel se construit au présent mais sur le passé.
C'est un peu comme si le futur se cachait dans le passé, dans le genre « dites-moi votre passé et je vous raconterai votre futur ».

Ensuite l’Espace,


C’est le théâtre, c’est la scène sur laquelle la Vie est l'acteur qui vient jouer un rôle.
Nous sommes des locataires de l’Espace, et comme à tout locataire,  il nous est demandé de gérer les biens loués en bon père de famille. Il y a un contrat de bail, il y a des loyers et il y aura forcément un état des lieux de fin de bail. Tout dommage fait aux biens loués devra être payé d’une manière ou d’une autre.  
En outre, nous sommes en colocation avec d’autres, par conséquent les bruits dans la cour, les barbecues, le linge séché aux balcons, tout cela est et doit être réglementé sinon c’est le désordre qui règne en maître absolu.
Il nous faudrait donc lire et connaître aussi bien le contrat de bail que le règlement de colocation. Bien évidemment, il est bien de s’assurer d’être capables de payer les loyers exigés et les charges de copropriété.
Nous ne sommes donc propriétaires de rien mais responsables de tout et nous devons nous assurer que les générations suivantes trouveront  les lieux au moins aussi propres que nous les avons trouvés. Nous ne sommes pas des touristes sans responsabilités, de passage dans l’Espace et la Vie, mais nous venons à la vie parce que nous avons un rôle à jouer dans l’espace.
Tout ceci n’est que du bon sens élémentaire.
Les lois de la physique sont assez têtues sur les rendements des machines. Toute transformation d’énergie ou de matière est toujours accompagnée d’une perte. Les rendements sont toujours inférieurs à l’unité. Une de nos responsabilités est d’être le plus efficaces possible. Il nous faut minimiser les pertes, minimiser les déchets, minimiser la pollution sous toutes ses formes. Lorsque nous ne sommes pas efficaces, nous polluons inutilement notre planète et notre espace.

Nous pouvons éviter les surproductions d’aliments ou de biens en général si c’est pour détruire les surplus ensuite.
Nous pouvons éviter de consommer par gourmandise des biens dont nous n’avons en réalité pas besoin. A la maison, il est inutile de remplir à ras bord les marmites et les assiettes de nos enfants si c’est pour les rendre obèses ou pour jeter les surplus à la poubelle.
Imaginez que chacun des 7 milliards d’humains vivant sur la planète jette seulement 100 grammes de déchets par jour dans la nature et faites le calcul : combien cela fait-il de poubelles en plus pour la Terre, par jour, par mois, par an et par génération ?

Enfin la vie,  

L’Être humain n’est pas le premier locataire de l’Espace. Les vies minérale, animale et végétale l'y ont précédé et Dieu avait créé le Temps, l’Espace et la Vie bien avant notre existence. Notre existence personnelle et individuelle commence le jour de la rencontre d’un groupe de spermatozoïdes avec un ovule, c’est à ce moment précis que la Vie peut choisir de venir habiter le jeune embryon à peine existant. De cette union entre l’Existant biologique et la Vie naît l’Homme. La Vie est Esprit et l’Existant biologique est de chair, d’os et de sang. C’est ensemble qu’ils peuvent jouer le rôle qui leur est dévolu dans l’Espace et le Temps.  L’Homme est responsable de la bonne gestion de la vie et du corps biologique qui lui sont confiés. Il ne vient donc pas à la vie pour rien, mais pour assumer des responsabilités et agir en respectant des règles et ce dans le temps imparti qui peut aller jusqu'à plusieurs dizaines d’années. Il doit assurer la coordination des interactions la Vie, le corps, les autres hommes ou Espèces et l’Espace. C’est seulement une fois la mission de l’Homme accomplie, que la Vie quitte le corps de l’Existant, ce que nous appelons la mort ou la transformation de l’Existant biologique en poussières. Mais ce n’est pas fini pour autant, car l’Homme doit aussitôt rendre des comptes en très haut lieu sur la gestion et l’utilisation de la Vie et du corps qui lui ont été confiés. C’est d’ailleurs ce dernier jugement qui déterminera ensuite le climat (tempéré ou excessivement chaud) du prochain lieu d’affectation éternelle pour l’Homme. 
La vie ne nous appartient donc pas non plus, mais nous en sommes locataires. Elle n’est pas un fruit du hasard, et la procréation qui est le moyen de la transmettre ne devrait pas être laissée au hasard de la satisfaction de quelques instincts reptiliens. Il me paraît difficile de concevoir qu’on laisse toute latitude à des spermatozoïdes et des ovules pour décider à notre place de la naissance d’une personne.  La procréation devrait être pensée, voulue, évaluée et préparée.
Le Temps et la Vie sont des valeurs partagées qui sont confiées à l'homme un peu comme des talents (au sens biblique du terme). Le Temps et la Vie qui sont confiés à l'homme sont bornés par la naissance et la mort alors que le Temps et la Vie absolus sont des valeurs infinies et éternelles.


Je crois que le triptyque Temps-Espace-Vie est cohérent et je crois que nous avons des responsabilités en tant que vivants et que nous avons des comptes à rendre sur la gestion que nous faisons de notre vie, de notre temps et de notre environnement. Je crois profondément que nous ne sommes propriétaires d’aucun des trois éléments du triptyque, mais que nous en sommes des locataires.